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Pratiquer l’autodéfense juive depuis les interstices, ou l’à-venir comme risque-chance
Dans Entre Autres, publié cet hiver aux éditions Divergences, Yuna Visentin vient combler une carence à la fois de la pensée juive contemporaine et dans la pensée critique : un judaïsme politiquement radical, dont elle tire un projet « d’autodéfense juive ». Un propos qui peut surprendre, ou gêner, quand il formule une critique sévère de la modernité politique (même s’il est formulé depuis celle-ci), mais essentiel pour articuler judéité et déconstruction – et donner du grain à moudre aux lecteurs des deux « côtés ». La philosophe Alexia Levy-Chekroun l’a lu pour Daï et dresse elle aussi une critique juive de la modernité, à l'aune des apports du tournant décolonial.
Réflexions « post-abyssales » sur l’émancipation juive
Les gauches se revendiquant des pensées post/décoloniales sont souvent présentées comme étant aveugles aux luttes et vies juives. Peinant depuis des années à articuler simultanément lutte pour l’autodétermination palestinienne et pour l’émancipation juive, ces tensions éclatèrent au grand jour le 7 octobre. La chercheuse Alexia Levy-Chekroun analyse comment articuler une pensée véritablement décoloniale avec la lutte contre l’antisémitisme et l’émancipation des Juif·ves en France et ailleurs. Si les théories décoloniales ont servi de pretexte à la montée d’un certain antisémitisme, il existe néanmoins des moyens pour les juif·ves de les réinvestir. C’est cela qu’Alexia Lévy-Chekroun accomplit ici, en mettant en lumière la proximité historique, intellectuelle et religieuse entre pensée juive et décoloniale.