Pour se figurer la Kabbale il faut imaginer un verger. Non pas un sage jardin terrestre, mais l’espace redoutable de la vision des vérités ésotériques. Ce jardin des secrets, les Sages le nomme Pardes. Quatre sages entrèrent dans le Pardès, jardin mythique où l’on approche les mystères divins. Ben Azzai contempla et mourut ; son âme consumée par l’excès de lumière. Ben Zoma contempla et perdit la raison ; son esprit céda sous le poids de l’infini. Elisha ben Abouya contempla et retrancha les pousses, sa foi ne pouvait s'accommoder de ce qu’il avait cru comprendre.
Seul Rabbi Akiva sortit sans encombres.
Entre tradition ésotérique, enjeux contemporains de transmission et usages commerciaux de la mystique, Michaël Sebban propose une lecture rigoureuse du Zohar à rebours des simplifications. Dans cet entretien, le fondateur de Beit HaZohar revient sur la tension entre secret initiatique et enseignement public, ainsi que sur la fonction spirituelle du Zohar, conçu comme une réinterprétation radicales des pratiques et des textes du judaïsme.
De Freud à TikTok, en passant par le virage kabbaliste de Madonna, comment la Kabbale est-elle devenue la star improbable de notre chaos contemporain ? Entre mystique médiévale, business hollywoodien et soif de sens post-confinement, plongée avec Alice Pfeiffer dans la résurrection pop d’une tradition ésotérique qui n’a manifestement pas dit son dernier mot.
David Haziza a publié l’an dernier Mythes juifs aux éditions Calmann-Lévy. Dans cet essai, il entreprend de restituer, contre les lectures rationalistes, la part mystique et charnelle du judaïsme. Car sous le sens historique et théologique des fêtes juives affleurent encore la mémoire de rites agraires plus anciens ; sous la lettre, persistent les puissances du mythe, de la nature et du sacré. En redonnant voix à cette profondeur souvent refoulée par un certain rationalisme rabbinique, l’auteur éclaire une dimension essentielle de la tradition hébraïque. Nous en publions dans Daï quelques bonnes feuilles, légèrement retravaillées.
Récemment traduit pour la première fois en français, Orthodoxie et féminisme : Agrandir le palais de la Torah de Tamar Ross marque une étape majeure dans la pensée juive contemporaine. Figure incontournable de l’orthodoxie moderne, la philosophe y propose une articulation inédite entre fidélité à la Halakha et intégration du féminisme, à travers une conception audacieuse de la révélation comme processus dynamique et cumulatif. Traduit et préfacé par la rabbin Myriam Ackermann-Sommer, cet ouvrage ouvre un espace théologique où le changement devient une modalité de la tradition elle-même, et où les revendications féministes peuvent être entendues comme l’émergence d’une parole divine encore inachevée.
Le mouvement libéral est schématiquement, dans le spectre du judaïsme, sa branche la plus progressiste, tandis que le hassidisme est, avec le courant mitnaged, à l’autre extrémité du spectre sa branche la plus orthodoxe. Il y a pourtant une affinité particulière du premier pour le second. Martin Buber a popularisé, plus qu’aucun autre, la sagesse hassidique. Quand on lit encore la vie de Kafka, juif très assimilé, pas tout à fait libéral, fils de traditionalistes, mais pas traditionaliste lui-même, ce qui aiguise sa curiosité dans le judaïsme c’est d’abord le hassidisme du théâtre yiddish. Comment comprendre cette affinité ? Nous avons interrogé Étienne Kerber, rabbin libéral et à la sensibilité néo-hassidique.
Alors que les études sur la Kabbale connaissent un regain remarquable, plusieurs ouvrages récents renouvellent en profondeur la compréhension de son essor dans la Castille de la fin du XIIIe siècle. En croisant histoire sociale, contexte politique et dynamiques religieuses, Alexander Mimoun montre que l’émergence du Zohar relève d’un moment historique singulier : crise des élites rabbiniques, montée des confréries, influence des ordres mendiants et quête d’une nouvelle agentivité juive. Retour sur les conditions d’une efflorescence intellectuelle majeure du judaïsme médiéval.
Excommunié en 1656, Baruch Spinoza est devenu la figure paradigmatique du « Juif hors la Loi » hantant la modernité juive comme une énigme irrésolue. De sa mise au banc d’Amsterdam aux relectures sionistes et mystiques, la philosophe Rivka DLB retrace un destin qui révèle l’émergence d’une judéité moderne, fondée sur l’impossible définition de l’identité juive.
Sirènes, guerre contre l’Iran, mémoire du 7 octobre et retour d’Amalek dans le langage politique israélien : dans ce texte écrit à la veille de Pourim, Nadav Cohen, jeune intellectuel israélien, raconte une société prise entre traumatisme, théologie et mobilisation nationale. Ce journal incisif interroge la manière dont mythes bibliques, peur existentielle et rhétorique du salut façonnent les choix politiques d’Israël aujourd’hui.
Rendre visible le mouvement religieux de gauche israélien, Smol Emuni, c’est éclairer un angle mort de la perspective européenne sur le camp de la paix au Moyen-Orient, en rappelant que la solidarité avec les Palestiniens se joue aussi au sein du mouvement sionisme religieux. À travers la traduction de ce reportage d’Haaretz publié en novembre dernier, Daï ! poursuit son travail de mise en lumière des judaïsmes des marges et des résistances, en diaspora comme en Israël.
Dans Entre Autres, publié cet hiver aux éditions Divergences, Yuna Visentin vient combler une carence à la fois de la pensée juive contemporaine et dans la pensée critique : un judaïsme politiquement radical, dont elle tire un projet « d’autodéfense juive ». Un propos qui peut surprendre, ou gêner, quand il formule une critique sévère de la modernité politique (même s’il est formulé depuis celle-ci), mais essentiel pour articuler judéité et déconstruction – et donner du grain à moudre aux lecteurs des deux « côtés ». La philosophe Alexia Levy-Chekroun l’a lu pour Daï et dresse elle aussi une critique juive de la modernité, à l'aune des apports du tournant décolonial.
Deux poèmes pour approcher l'indicible : Delphine U traverse le buisson ardent, l'extase à fleur de langue. Haim incarne le figure de Jacob luttant avec l'ange, recevant un nom comme une victoire.
La Cabale se perçoit-elle comme sagesse universelle ou au contraire comme un langage et un savoir exclusif à Israël ? Entre fascination pour l’universel et fidélité à une singularité assumée, la mystique juive entretient avec le monde non-juif un rapport complexe, tantôt en dialogue avec lui tantôt radicalement exclusif. Des origines du Zohar aux usages contemporains de la « Kabbale », Eli Amozeg explore les tensions, les ambiguïtés et les métamorphoses d’une tradition à la fois jalouse de son ipséité et tendue vers une unification universelle rédemptrice.
Comment se fait-il que la Révolution française ait engendré la Terreur de Robespierre, ou la révolution bolchevique le stalinisme ? Pourquoi les révolutions tombent-elles si souvent dans la tyrannie ? Qu’est-ce qui fait qu’un mouvement de libération se transforme en pouvoir oppressif et violent ? Et surtout, ce renversement est-il essentiel ou relève-t-il de l’arbitraire ? Ce sont ces questions qui préoccupent Léon Ashkénazi (Manitou) lorsqu’il développe sa théorie de l'union des valeurs, mobilisant la pensée et la pratique kabbalistiques au service d'un renouveau politique. Analyse de Benjamin Singer.
À chaque numéro, Lola Zerbib-Kahanne clôt Daï avec une recette qui répond au thème. Pour ce numéro consacré aux mystiques juives, elle propose une version végétarienne du foie haché ashkénaze, à base de haricots rouges et pinto. Mais d’abord, une question : peut-on manger des animaux tout en étant aligné avec la foi ?
Quinze siècles avant Freud, les Sages du Talmud avaient déjà fait du rêve une source de sens; et de son interprétation, un acte créateur. Entre midrash et psychanalyse Méron Gelber explore les étonnantes résonances entre deux traditions qui se répondent par delà les siècles posant la même question fondamentale : quel sens donner aux rêves ?